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21/01/2016

... Qu'est-ce que j'ai du mal avec ces messages de présentation. Horrible.

Bref, cette fois-ci, ça y est : je me lance enfin. Voici donc la première histoire que je vous propose. (et pas la dernière, je l'espère.)

J'ai pris plaisir à l'imaginer et à l'écrire. Et j'espère que vous apprécierez, vous aussi.

J'attire votre attention sur le fait que les dialogues sont peut-être un peu ... Vulgaires. Pour ceux qui craignent cela, je ne vous en voudrais pas.

Que dire d'autre ? J'espère avoir vos avis constructifs, vos pronostics pour la suite de l'histoire. Ça m'aide vraiment ♥

Merci à vous.


@ScrawledUpon │#LTCKfic



FICTION TERMINEE. UN ENORME MERCI. VOUS ETES TOUS DOUX.







Tourne-disque :












I. 05/02/2016









─ Morgann, c'est un nom d'meuf. Tu fais l'tapin depuis quand ?

─ Mais ta gueule Adam ! T'es à poil dans un jardin toi, tapette. Ta nana, elle a préféré une pomme à ta queue s'teuplais.

Et une bouteille explose contre un mur. Comme leur jeunesse, elle s'éclate. Comme leur rage, elle s'éparpille. Et Adam donne son sourire de petit con à Morgann. Et Morgann soupire en balançant une nouvelle bouteille. Crash. Il se demande encore aujourd'hui comment il arrive à le supporter. Ils ont grandis ensemble dans un quartier malfamé. Depuis tout petits, ils baignent dans l'alcool présente partout, et destructrice. Dans la violence, présente partout, et destructrice. Dans les rêves abandonnés et la déshumanisation. Loi du plus fort. Jungle. Alors, oui, Morgann suppose que ça les a rapprochés. Inévitablement. Qu'ils étaient faits pour finir comme ça. Terminer ici.
Encore quelques chutes de verre auburn, encore quelques injures, un rire gras – celui d'Adam -, et ils se mettent en mouvement. D'un seul homme. Comme si c'était la suite logique. Leurs corps s'animent mais leurs cerveaux ne les portent plus. Ne réfléchissent plus. N'agissent plus. Habitude à la peau dure. Quotidien trop réglé. Marionnettes. Pantins. Fils d'argent.

Ils finissent au Pub. Sans surprise. Sans piment. Incolore. Comme tous les soirs. Ça beugle, ça boit, ça rigole. On noie son chagrin en pensant que ça aide, mais le lendemain de ces beaux discours d'avenir, c'est toujours les mêmes visages marqués qui se présentent. Rien ne change. Rien ne bouge. Toujours des vestes froissées sous le bras. Des mallettes usées à la main. Des cravates pour moitié défaites. Des chemises devenues jaunes plus que blanches. Mal repasser parce que les femmes sont parties. Parce les bouteilles les ont remplacées. Parce que ça fait peur. Alors la boisson coule pas mal. Alcool fort pour les plus atteints, les plus brisés, les moins chanceux. Alcool doux pour ceux qui ont encore leur job, mais qui passent leur temps à cracher dessus. Qui le trouve minable mais qui n'en changerait pour rien au monde. Il est bien plus facile de se plaindre que de se remettre vraiment en question. Comme leur vie, tout est à jeter, tout est à revendre. Pièces détachées. Bonnes à gerber.

Les occupants crient de plus en plus. Et Adam ne tient pas en place. Adam en dit encore trop, les nombreux verres aidant. Et il aime ça Adam. Il aime provoquer. Il aime chercher les coups. Les mériter. Donner des sourires sanglants. Se prendre quelques droites et en donner en retour. Parce que tout est vide autour de lui. Il n'a rien. Pas d'attache. Tout juste Morgann. Mais Morgann est faible. Morgann ne se bat pas. Morgann ne boit pas. Plus. Morgann le tire de ce taudis par les bras. Morgann l'emmène à l'entrepôt. Morgann le guide dans le noir parce qu'Adam ne voit que du rouge. Flou. Morgann le fait asseoir. Morgann le soigne avec les moyens du bord. Assis sur un canapé foutu depuis des années, les jambes sur un accoudoir, avachi, insolant, Adam regarde la silhouette indulgente accroupie près de lui, à passer un chiffon mouillé sur l'écarlate qui suinte de son nez. Adam le sent trembler à travers le tissu. Adam n'a pas mal, il ne bouge pas d'un centimètre. Il ferme les yeux. La douleur c'est à l'intérieur. Enfermé. Pour toujours. La clef du coffre il l'a jeté depuis un bail. A l'eau. La douleur c'est pour les fautifs. La douleur on ne la montre plus. Adam ne montre pas de failles apparentes parce qu'il a peur qu'on s'en serve. Contre lui. Adam n'a pas de genou à terre. Jamais. Adam se bastonne pour se prouver qu'il est vivant. Qu'il est là. Adam se bastonne pour appeler à l'aide. Adam se bastonne parce qu'il n'a trouvé que ça.

─ La prochaine fois qu'il te voit, Ted va te buter, sérieux.

─ S'il s'embrouille comme il baise sa femme, j'ai encore vingt piges devant moi.

Et ils rient. Comme des idiots. Tous les deux. Comme ça. Dans cet entrepôt calfeutré et tout juste éclairé aux néons, pour qu'on distingue ce qui se trouve autour. Spectre grisâtre. Clignotements. Vagabonds des temps modernes.

Adam attrape des feuilles, un filtre, et un sachet dans un soupir, proche du grognement. Fait sa composition. Frotte, tasse, roule entre ses doigts calleux. Secs. Il fait preuve de la seule douceur, de la seule délicatesse, dont il est encore tout juste capable. Lèche pour fermer le tout dans un regard appuyé pour Morgann. Morgann termine de chasser le sang comme il peut. Il scrute le visage d'Adam, qui a déjà changé d'expression. Malice. Insolence.

─ Tu m'tailles un pipe maintenant ?

─ Va t'faire foutre.

Morgann balance le chiffon souillé au visage d'Adam. Celui-ci rigole, Morgann se relève simplement, lui lance un regard fâché, vole le cylindre que le blessé avait porté à ses lèvres. Il le place autour des siennes. Fouille dans les poches de sa veste trop grande et sale. Comme d'habitude, son briquet à clapet s'y trouve. Morgann allume. Flamme. Souffle de soulagement. Nuage souple. Contorsionniste. Adam le regarde voleter au-dessus d'eux. Et puis ça l'énerve Adam. Il ne peut pas tenir en place Adam, surtout quand c'est son travail, sa propriété qui lui échappe. Alors il se lève, un peu brusquement. Il se rapproche, un peu brusquement. Et Adam récupère son dû. Il en prend une bouffée, et elle ressort de ses lèvres pour aller se fondre dans celles de Morgann. Qu'Adam a attrapées entre deux doigts. Effluves. Herbes magiques. Détendus.

Morgann a les yeux clos. Morgann aime le faire chier, le pousser à bout. Morgann apprécie quand Adam est en colère. Parce qu'Adam fait des trucs stupides quand il est en colère. Comme le plaquer contre un mur. Comme mordre ses lèvres pour ensuite les embrasser durement. Comme l'encercler d'un bras possessif et le coller à lui. Comme caresser sa peau. Pendant que la plus-que-cigarette de la discorde, brûle toute seule. Se consume. Rougeoie dans les profondeurs.

Et ils ne disent rien. Il n'y a pas d'amour ni de physique. Pas de chimie ni de musique. Pas de sentiments. Aucun. C'est juste de la baise. Purement et simplement. Il n'y a pas de forme. Pas de fond. Non, rien du tout. Même pas d'esquisses. Ça n'a pas de sens comme on veut nous le faire croire dans les livres ou les films. Anarchie. Bordel total. Tornade. C'est juste deux adolescents un peu paumés qui se font du mal. C'est juste deux adolescents un peu shootés qui cherchent une porte de sortie. C'est juste deux adolescents qui essaient de se prouver quelque chose. Et c'est différent pour l'un et l'autre. C'est juste deux adolescents qui déchargent leur haine et leur mépris sur une autre peau que la leur. Aussi bien pour eux-mêmes que pour les autres. Au-dehors. Parce qu'ils sont tous pitoyables.